Présentation de l'Anuttarayoga Tantra
 

Visions différentes de l'Anuttarayoga Tantra par l'ancienne et la nouvelle écoles

L'ancienne école du Bouddhisme ésotérique tibétain (Nyingmapa) subdivise le dharma de Bouddha en « neuf véhicules » :

  • trois véhicules du Bouddhisme exotérique : le véhicule des Auditeurs, celui des Eveillés pour soi et celui des Bodhisattvas ;
  • trois véhicules tantriques externes (trois classes de Tantras inférieurs) : le Kriya Tantra, le Carya Tantra et le Yoga Tantra ;
  • trois véhicules tantriques internes (Anuttarayoga Tantra) : le Mahayoga, l'Anuyoga et l'Atiyoga.

L'ancienne école (Nyingmapa) scinde l'Anuttarayoga Tantra en trois classes :

  • le Mahayoga : l'étape la plus basse, la pratique principale étant la phase de génération,
  • l'Anuyoga : l'étape un peu plus élevée, la pratique principale étant la phase de perfection,
  • l'Atiyoga : l'étape la plus élevée, la pratique principale étant la Grande Perfection.

Ces deux premières phases correspondent aux préliminaires de la Grande Perfection. Cependant, la nouvelle école (Gelugpa, l'école des coiffes jaunes) a une interprétation différente de l'Anuttarayoga Tantra. Elle admet les deux phases de « génération » et de « perfection », mais elle ne reconnaît pas la plus haute étape « la Grande Perfection ». L'école Gelugpa doute de la fonction de la « Grande Perfection », mais elle ne la critique pas non plus, c'est-à-dire qu'elle ne l'affirme ni ne l'infirme. Cette école subdivise les trois classes de tantras en deux classes : Tantra-père et Tantra-mère ; par ailleurs, elle considère ces deux classes de tantras comme égales, n'ayant aucun lien d'ordre ; que ce soit la phase de « génération » ou celle de « perfection », elles permettent au pratiquant d'atteindre la délivrance.


Les phases de génération et de perfection

1. La phase de génération (nommée « Tantra-père » par la nouvelle école)

  • La phase de génération insiste sur la pratique du Yidam, c'est-à-dire sur le "yoga du Yidam", elle appartient à la première initiation.
  • Elle porte sur la pratique de la visualisation basée sur l'imagination.
  • Elle souligne la visualisation du corps physique (corps de samaya) se transformant en corps du Yidam (corps de sagesse).
  • Lors de la pratique du yoga du Yidam, trois conditions doivent être remplies : la clarté, la stabilité, la fierté de Vajra.
  • A travers la visualisation du corps purifié, on se délivre des attachements liés aux facultés oculaire, auriculaire, tactile et mentale afin de pouvoir apercevoir la nature de sagesse du Yidam.

2. La phase de perfection (nommée « Tantra-mère » par la nouvelle école)

  • La phase de perfection souligne la pratique des souffles, des canaux et des gouttes de sagesse, elle appartient aux deuxième et troisième initiations.
  • Elle repose sur la méditation basée sur la pratique des souffles, des canaux et des gouttes. Comme le corps contient ces éléments, que ceux-ci sont éloignés de l'imagination, et que la pratique vise uniquement à leur « perfection », cette phase est alors appelée « phase de perfection ».
  • La phase de génération souligne la visualisation sur le déploiement vers l'extérieur, alors que la phase de perfection souligne la visualisation vers l'intérieur, le corps mandala.
  • La phase de perfection consiste à pratiquer la méditation des souffles, des canaux et des gouttes en utilisant le corps du Yidam visualisé dans la phase de génération ; la pratique principale est de visualiser des souffles pénétrant dans le canal central afin de le dénouer et de l'ouvrir ; ensuite, à partir du canal central, d'ouvrir les quatre chakras ; et à partir de ces quatre chakras, de libérer les soixante-douze mille petits canaux.
  • A travers la pratique de la phase de la perfection, le pratiquant peut atteindre les « quatre vides » et les « quatre joies » ; le vide simple, le vide extrême, le grand vide et le vide universel sont les quatre vides qui font surgir la « claire lumière » ; la joie, la joie immense, la joie éminente et la joie innée sont les quatre joies qui conduisent à la « sagesse innée ».