Corps humain "libre et qualifié" difficile à obtenir
 
Dans les sutras, nous rencontrons souvent des termes rappelant « la difficulté à obtenir un corps humain ». Certains peuvent trouver cela étrange : avec tant d'humains dans la population mondiale, pourquoi « le corps humain » est-il difficile à obtenir ? Voici des discours de dharma de Bouddha concernant des paraboles sur la difficulté à obtenir un corps humain :

Paraboles sur la difficulté à obtenir un corps humain

« La tortue aveugle passant sa tête dans le trou d'un bois flottant » : issu du Sutra Samyuktagama. Dans l'océan, il y avait une tortue aveugle, sa longévité égalait un nombre illimité d'éons. Elle montait à la surface de l'océan environ une fois tous les cent ans. Sur l'océan, il y avait une planche de bois flottante ; sur cette planche, il y avait un trou. Lorsque la tortue aveugle redressait sa tête, celle-ci passait juste dans le trou. Cette occasion était vraiment trop rare, il avait trop de coïncidence. C'est pour cela que Bouddha dit à Ananda : « Pour l'être ordinaire flottant dans les cinq états d'existence et qui souhaite obtenir un corps humain, on peut dire que cela est encore plus difficile que pour la tortue aveugle voulant passer par le trou du bois flottant. »
« La poussière sur l'ongle et la poussière sur la terre » : un jour, Bouddha prit de la terre du sol, puis l'éparpilla ; il restait encore sur ses ongles un peu de poussière. Bouddha demanda alors à ses disciples : « Y a-t-il plus de poussière sur mes ongles ou sur la terre ? » Il y en avait certainement plus sur la terre, mais pourquoi Bouddha avait-il encore besoin de le demander ? Afin d'enseigner, Bouddha continua de dire : « Le nombre de personnes de notre époque qui renaîtront et obtiendront de nouveau un corps humain après leur mort, est aussi minime que la poussière sur mes ongles ; le nombre de celles qui ne pourront pas obtenir un corps humain après leur mort est aussi grand que la poussière de la terre. » Bouddha sous-entendit justement qu'il était très difficile de pouvoir posséder de nouveau un corps humain.
 

Après lecture des paraboles ci-dessus, nous pouvons nous rendre compte que le corps humain est vraiment très difficile à obtenir, et peut-être même encore plus difficile qu'on ne l'imagine.

Le corps humain est sans aucun doute difficile à obtenir, mais si on souhaite étudier et pratiquer le Bouddhisme, il faut alors non seulement avoir un corps humain mais aussi posséder un corps humain « libre et qualifié ». « Liberté » signifie loisir, c'est-à-dire avoir le temps ; « qualification » signifie plénitude, c'est-à-dire avoir les conditions suffisantes. « Le corps humain libre et qualifié » désigne celui qui ne naît pas dans des lieux où il n'y a pas d'occasion de pratiquer le dharma, ou celui qui ne se réincarne pas dans des existences qui ne remplissent pas les conditions suffisantes pour la pratique spirituelle. En général, il faut posséder les « huit libertés » et les « dix qualifications » pour avoir l'occasion d'apprendre le Bouddhisme. Ci-dessous sont présentées les « huit sans libertés » et les « dix qualifications ».

Les huit sans libertés

Les « huit sans libertés » désignent les huit catégories d'êtres qui n'ont pas le loisir et l'occasion d'apprendre le Bouddhisme :
1. Le monde des enfers : les êtres dans les enfers sont soumis à des épreuves de souffrance infinie et n'ont pas la possibilité d'écouter le dharma.
2. Le monde des esprits affamés : ces êtres vivent dans la souffrance liée au manque de nourriture et n'ont pas l'occasion de pratiquer le dharma.
3. Le monde des animaux : les animaux sont égarés dans l'ignorance et n'ont aucun moyen de comprendre le sens du dharma. Ils subissent le karma issu de causes, soit en étant un animal domestique, soit en vivant dans la nature. Ils sont souvent mal traités et tués, ou ils s'entretuent, subissant de la souffrance infinie.
4. Le ciel de la longue vie : la longévité y est de cinq cents éons, il s'agit du ciel de non pensée du monde de la forme ; « les pensées » n'y surgissent pas, les pratiquants d'autres voies religieuses y naissent généralement dans ce monde. Les êtres de ce ciel de la longue vie sont égarés dans un état de stabilité spirituelle et ne s'intéressent pas au dharma.
5. Les lieux aux frontières (des Terres Pures de Amitabha) : la longévité y est de mille ans, les êtres y sont remplis du désir de jouissance et ne se soumettent pas aux enseignements, les sages ne s'y rendent pas et il n'y a pas de possibilité d'apprendre le dharma.
6. Les êtres ayant des vues hétérodoxes : bien qu'ils possèdent de la sagesse mondaine, ils sont égarés dans des livres hétérodoxes et n'ont pas foi dans les Trois Joyaux, ni dans la loi de cause à effet.
7. Les lieux sans Bouddha : du fait d'un karma lourd et des conditions insuffisantes, ceux qui naissent avant ou après Bouddha (c'est-à-dire aux ères où il n'y a aucun Bouddha ou après la disparition du dharma) sont des êtres humains qui ne peuvent pas voir Bouddha et ni apprendre le dharma.
8. Les sourds, muets ou sots : bien qu'ils soient nés dans un monde où il y a le dharma, ces êtres humains, en étant sourds, muets ou sots en raison d'un karma négatif lourd, n'ont pas la totalité des organes des sens et ne peuvent pas voir Bouddha et ni apprendre le dharma.
 

Les quatre premières catégories d'êtres n'ont pas obtenu de corps humain et n'ont pas la liberté (le temps) de pratiquer le Bouddhisme. Les quatre autres catégories d'êtres ont déjà obtenu un corps humain, mais ils n'ont pas l'occasion d'apprendre et de pratiquer le Bouddhisme.

Si vous n'êtes pas né sous les conditions des « huit sans libertés », cela signifie que vous avez déjà obtenu le précieux corps humain. Mais afin de pratiquer le Bouddhisme, il faut aussi satisfaire les conditions des « dix qualifications ».

NB : selon le sutra Agama, l'observance des Huit Préceptes peut remédier aux « huit non libertés ».

Les dix qualifications
Les "dix qualifications" sont divisées en deux catégories : la première correspond aux cinq qualifications que nous devons personnellement posséder (les "cinq qualifications personnelles"), et la seconde désigne les cinq qualifications procurées par les autres (les "cinq qualifications liées à autrui").

Les cinq qualifications personnelles :

  1. Naître dans l'existence humaine.
  2. Naître dans un lieu où le dharma est répandu.
  3. Posséder tous ses organes des sens.
  4. Ne pas commettre les cinq crimes (ou ne pas approuver gaiement, ni demander à autrui de les commettre)
  5. Avoir une profonde foi dans les Trois joyaux : Bouddha, Dharma, Sangha.

Les cinq qualifications liées à autrui :

  1. La naissance de Bouddha : si Bouddha n'était pas venu dans ce monde, il n'y aurait pas eu de dharma.
  2. Que Bouddha tourne la roue du dharma: si Bouddha était né mais sans donner d'enseignement, nous n'aurions pas obtenu de bénéfice.
  3. Que le dharma demeure dans ce monde: le fait que Bouddha ait donné l'enseignement n'est pas suffisant, le dharma ne doit pas disparaître mais continuer à se répandre.
  4. Peu importent sa classe sociale, sa race humaine, qu'on puisse librement apprendre et pratiquer le dharma, c'est-à-dire que le dharma demeure dans ce monde et qu'on puisse aussi avec liberté entrer dans la voie bouddhiste et suivre la doctrine bouddhiste.
  5. Qu'il existe des gens vertueux qui nous transmettent le Bouddhisme et nous enseignent comment pratiquer le dharma.

Conclusion
Certaines personnes, en rencontrant au cours de leur vie des revers d'ordre économique, sentimental ou dans le domaine de la santé, pensent facilement au suicide. Elles n'ont pas le courage de faire face à la réalité, ou souhaitent renaître de nouveau dans un corps meilleur pour recommencer à nouveau… Mais elles ne savent pas que pour obtenir de nouveau un corps humain, comme la tortue aveugle dans l'océan voulant passer la tête dans le trou de la planche de bois flottante, la probabilité est presque nulle.

Le corps humain est déjà difficile à obtenir, les libertés et qualifications sont encore plus difficiles à obtenir. Vous pensez peut-être que le fait d'être à présent déjà en train d'apprendre le Bouddhisme prouve que les libertés et qualifications d'un corps humain sont déjà acquises dans cette vie ? Ceci est exact, en réalité, ces libertés et qualifications sont dues à une accumulation de mérites et de fortunes acquis durant les vies antérieures. Si vous n'appréciez pas bien votre vie pour apprendre et pratiquer le dharma, et pour accomplir des actes ayant du sens, alors, lorsque le mérite sera totalement consommé et lorsque vous perdrez le corps humain, vous ne pourrez pas le récupérer durant des milliers d'éons. A ce moment-là, lorsque vous voudrez à nouveau obtenir un corps humain, ce sera trop difficile. Ainsi, que chacun apprécie bien cette vie et ce corps humain !