Que la pratique spirituelle soit intégrée dans la vie
 

Beaucoup de pratiquants bouddhistes commettent très facilement la même erreur dans leur pensée : ils considèrent qu'apprendre le Bouddhisme est uniquement lié à la vie supra-mondaine et que celle-ci est distincte de la vie quotidienne (mondaine). Les pratiquants débutants notamment peuvent créer une sorte de concept en estimant que tout ce qui appartient à la vie mondaine correspond à la souffrance mentale, que seule la vie libérée du monde mondain, en abandonnant tout et en se focalisant sur la pratique spirituelle, est la vraie voie. Ils considèrent que seules les méditations, les récitations de sutras ou de mantras, les prosternations… représentent la pratique spirituelle réelle et que la vie quotidienne est une sorte de fardeau, créant une inquiétude liée à l'incompatibilité entre la vie quotidienne et la pratique spirituelle. En réalité, lorsque nous aurons éclairci la signification de la pratique spirituelle et la valeur de la vie quotidienne, ce problème n'existera plus.

Le destin de chacun est différent. Pouvoir s'engager à pratiquer en célibat ou en tant que moine vaut certes la peine d'être encouragé et admiré. Mais si les conditions ne sont pas réunies, le fait de persister quand même à abandonner sa famille et ses enfants, ou à fuir les épreuves de la vie quotidienne pour pratiquer en tant que moine, peut finalement mener à une tragédie. Nous devons avoir une vision juste de la pratique spirituelle. Sinon, même si nous étions physiquement devenus moines, nous serions mentalement toujours préoccupés par des tourments mondains. On peut alors craindre que cela rende difficile l'atteinte de la réalisation spirituelle. De la même manière, un vrai pratiquant bouddhiste qui espère passer tout son temps dans la pratique spirituelle, doit encore continuer à avoir une activité professionnelle pour entretenir son corps physique, s'il n'a pas accumulé suffisamment de mérite et s'il rencontre des problèmes financiers. Sinon, si notre esprit est constamment encombré de soucis, comment peut-on avoir un esprit stable pour pratiquer ? C'est pourquoi, avoir une vie paisible et stable est aussi le fondement de la pratique spirituelle. Dans le cas contraire, un pratiquant possédant suffisamment de richesse n'a plus besoin de gaspiller son temps pour continuer à en accumuler ; il doit au contraire saisir le temps présent pour pratiquer, utiliser sa richesse de manière adaptée, aider les gens qui sont vraiment dans le besoin et faire des dons.

La pratique spirituelle et la vie quotidienne ne sont pas incompatibles, comme cité dans l'enseignement bouddhiste : il n'y a pas de dharma figé, il y a quatre-vingt quatre mille enseignements pour remédier aux différents troubles, ce sont juste des méthodes habiles. Le Sixième Patriarche Maître Huineng avait dit : « Le Dharma de Bouddha est dans ce monde, il n'y a pas d'Eveil loin de ce monde, rechercher le Bodhi loin de ce monde, c'est comme rechercher des cornes dans les lapins. » Le Dharma de Bouddha est en fait au centre de la vie quotidienne. Si on s'éloigne de la vie quotidienne et de ce monde, comment peut-on rechercher le Dharma de Bouddha ?

D'une manière simple, la pratique spirituelle consiste à corriger les défauts de sa propre conduite. La correction des défauts de sa propre conduite s'effectue dans la vie de tous les jours. Il faut avoir les bonnes conduites humaines de base avant d'évoquer la pratique spirituelle !

Pour apprendre le Bouddhisme, il faudrait commencer par se connaître « soi-même » et ce, à partir de chaque fait minime de la vie quotidienne. Hormis l'étude de livres ou de sutras, le plus important est d'agir de manière réaliste. Dans l'adage « il est plus facile à dire qu'à faire », agir est vraiment difficile et bien accomplir l'est encore plus. Il faut fournir beaucoup d'efforts au niveau de la détermination. Nous comprenons la théorie du Bouddhisme, mais souvent, la théorie et la pratique ne s'accordent pas. Nous pouvons saisir la théorie mais sans pouvoir l'appliquer. Ainsi, en apprenant le Bouddhisme, nous devrions intégrer nos connaissances dans la vie quotidienne et utiliser la vue juste pour corriger les conduites déviées, afin de pouvoir vraiment se délivrer de la souffrance.

Le plus grand défaut de l'homme est celui de savoir seulement exiger d'autrui et de ne pas savoir s'auto critiquer. Si vous êtes exigeant sur la manière dont les autres doivent se comporter envers vous, vous devez d'abord savoir comment vous devez vous comporter envers les autres. Si vous savez uniquement exiger et ne pas donner, il s'agit alors de « l'attachement à soi » et de « la vue propre à soi » ; toutes les disputes proviennent de cela. Chaque personne est habituée à sa propre idée subjective. Elle utilise son propre point de vue pour mesurer chaque chose et oublie ainsi d'utiliser un esprit ouvert pour comprendre chaque chose ou pour accepter autrui. Par exemple, beaucoup de faits ne sont pas corrects ou incorrects à l'origine, mais il s'agit de savoir si nous avons géré ou non ces faits convenablement et harmonieusement. En réalité, il y a beaucoup de choses ordinaires dans la vie, mais elles valent la peine d'être étudiées et considérées. Ainsi, toute chose, qu'elle soit bonne ou mauvaise, appréciée ou non, réussie ou échouée, peut être une source pour notre étude dans la vie quotidienne. Chaque personne de notre entourage peut être considérée comme un sujet d'étude. C'est pourquoi, « parmi trois personnes, il y en a sûrement une qui est notre enseignant, il faut distinguer ses qualités pour les suivre et distinguer ses défauts pour les éliminer. »

Occupés quotidiennement par notre vie et par nos activités professionnelles, nous devons aussi nous rappeler qu'une vie n'est pas destinée à être vécue pour être vécue. Mais nous devons savoir comment intégrer la pratique spirituelle dans la vie de tous les jours, ne pas cesser d'apprendre et de pratiquer. Nous devons considérer que le monde humain est un endroit de mise à l'épreuve pour faire progresser et mûrir notre esprit, jusqu'à la délivrance et l'atteinte de l'Eveil. Bouddha Sakyamuni a atteint le nirvana au cours d'une existence humaine, dans le but de nous encourager : s'engager à pratiquer avec un corps humain permet aussi l'atteinte de l'état de Bouddha.